Non, la migraine n’est pas juste un gros mal de tête
Je fais des migraines depuis plusieurs années, mais je ne me suis jamais vraiment attardée à comprendre le fonctionnement de mon cerveau. Je me disais, probablement un peu comme tout le monde, que la migraine est un mal de tête qui se différencie des autres par son intensité. Dernièrement, j’ai énormément lu sur la migraine et je vous partage ce que j’ai compris!
Un cerveau qui ne baisse jamais le volume
Ce qui distingue le cerveau des personnes migraineuses des autres, c’est qu’il ne s’habitue pas bien aux stimuli répétés.
Normalement, si on fait clignoter une lumière plusieurs fois devant les yeux d’une personne qui ne vit pas avec la migraine, son cerveau réagit au début, puis, petit à petit, il diminue sa réponse. C’est comme s’il se disait : « J’ai compris, ce n’est pas dangereux, je peux baisser le volume. »
Chez les personnes migraineuses, ce mécanisme fonctionne beaucoup moins bien. Même si la lumière clignote encore et encore, le cerveau continue de réagir à chaque fois, sans vraiment se calmer. On appelle ça une absence de modulation. La réaction du cerveau ne diminue pas, même quand le stimulus se répète. [1]
Et ce n’est pas seulement vrai pour la lumière. On a aussi observé la même chose avec le son, et probablement avec d’autres stimuli aussi. Les personnes qui vivent avec la migraine dépensent donc plus d’énergie que les autres juste pour être dans un environnement « normal ». C’est quelque chose que je ressens assez souvent, car je me sens souvent surstimulée sans trop savoir pourquoi, et ce, même si je fais une activité agréable comme un souper en famille ou écouter un film.
Une cousine éloignée de l’épilepsie
Il y a un lien intéressant avec l’épilepsie. Dans les deux cas, on parle d’un cerveau hyperexcitable, c’est‑à‑dire que les neurones réagissent plus facilement et de façon plus intense que la moyenne.
Dans la migraine, cette hyperexcitabilité se manifeste par des crises de douleur, des nausées, et de l’hypersensibilité à la lumière et au bruit.
Dans l’épilepsie, elle se manifeste par des crises épileptiques, des décharges électriques soudaines et anormales dans le cerveau. [2]
Les mécanismes ne sont pas identiques, mais ils se ressemblent puisque dans les deux cas, le cerveau a du mal à filtrer certains signaux. Cela aide à comprendre que la migraine est un vrai trouble neurologique et pas juste un mal de tête ordinaire!
Les différentes phases de la migraine
Une crise de migraine n’apparaît pas toujours d’un seul coup. Souvent, elle se déroule en plusieurs étapes.
1- Le prodrome : les signes avant-coureurs
Parfois, un à deux jours avant la douleur, le corps commence déjà à envoyer des signaux.
On peut ressentir par exemple :
une fatigue
de l’irritabilité ou, au contraire, une humeur un peu euphorique
des bâillements fréquents
des fringales ou une perte d’appétit (personnellement, j’ai énormément de fringales pour des aliments riches en gras et en sucre!)
de la difficulté à se concentrer
Il est parfois difficile de faire le lien entre ces symptômes et la migraine, mais avec le temps, on réalise que ces signes reviennent souvent avant une crise.
2- L’aura
Tout le monde n’a pas d’aura, mais quand elle est présente, elle apparaît juste avant ou au début de la douleur.
Les symptômes fréquents sont :
des phénomènes visuels : taches lumineuses, zigzags, scintillements, vision floue ou « trouée »
des sensations bizarres : fourmillements, engourdissements dans un bras, une main, un côté du visage
des troubles de langage : difficulté à trouver ses mots
3- La crise : la douleur et tout le reste
C’est la phase la plus connue. Elle se caractérise par :
de la douleur souvent pulsatile (comme des coups, un martèlement), généralement d’un côté de la tête, mais pas toujours
une douleur aggravée par le mouvement, l’activité physique, parfois même par le simple fait de se pencher
des nausées et parfois des vomissements
une intolérance à la lumière (photophobie) et aux bruits (phonophobie).
À ce moment‑là, travailler, suivre un cours, participer à une réunion ou simplement être dans un environnement normal peut devenir impossible. La majorité des gens vont vouloir s’étendre dans un environnement sombre en attendant que la douleur passe.
4- Le postdrome
Quand la douleur finit par diminuer, ce n’est malheureusement pas toujours la fin de l’histoire.
La phase de récupération peut durer plusieurs heures, voire un jour ou deux. On peut alors ressentir :
une grande fatigue
une sensation de tête « vide » ou au contraire « lourde »
une difficulté à se concentrer
un état dépressif ou euphorique.
Le cerveau a vécu une véritable attaque et il a besoin de temps pour revenir à un état plus stable. [3]
Ce qui peut déclencher une crise
Il n’y a pas une cause unique et les personnes ne sont pas responsables de leur douleur. On n’a pas une crise parce qu’on a vécu trop de stress ou parce qu’on a dévié un peu de notre routine. Les crises se déclenchent plutôt quand plusieurs facteurs se combinent. Se culpabiliser ne sert à rien et au contraire, cela ne fait qu’augmenter la stigmatisation envers les personnes migraineuses.
Voici quelques déclencheurs fréquents :
Sommeil irrégulier
se coucher très tard, se lever très tôt, changements d’horaire (on parle parfois de migraine de fin de semaine puisque plusieurs personnes ont une routine différente la fin de semaine et cela peut déclencher une crise)
Stress… et chute du stress
période de stress intense
retour au calme (une fois que tout est finit (examens, gros projet, événements familiaux), la crise arrive)
Alimentation et hydratation
sauter des repas
certains aliments ou boissons (l’alcool, par exemple) peuvent jouer un rôle chez certaines personnes
Facteurs sensoriels
luminaires très forts, néons, écrans lumineux
bruits intenses ou continus
odeurs fortes (parfums, produits ménagers, etc.)
Facteurs hormonaux
fluctuations hormonales autour des menstruations
Chaque personne a sa propre combinaison de facteurs. L’objectif n’est pas de vivre dans la peur du déclencheur, mais de mieux se connaître pour éviter les situations les plus à risque.
Ce qu’on peut faire soi-même
Les médicaments peuvent jouer un rôle important, mais il existe aussi des gestes du quotidien qui aident à mieux vivre avec la migraine.
1- Avoir un rythme de vie stable et équilibré
se coucher et se lever à des heures relativement régulières, y compris la fin de semaine
éviter de sauter des repas, prévoir des collations si la journée est longue
boire régulièrement de l’eau
faire de l’activité physique régulièrement
Un cerveau hypersensible aime la régularité.
2- Apprendre à connaître ses déclencheurs
Tenir un petit journal peut aussi aider à identifier les déclencheurs et repérer plus facilement ses symptômes du prodrome.
date de la crise, l’heure de début, la durée
ce qu’on a mangé, le sommeil des jours précédents, le niveau de stress, l’environnement (écrans, lumière, bruit)
Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, des tendances apparaissent et cela permet de mieux comprendre ses déclencheurs afin de les éviter. Personnellement, j’utilise l’application Migraine tracker.
3- Protéger ses sens
adapter la luminosité des écrans, utiliser des filtres, baisser la lumière dans les pièces quand c’est possible
faire des pauses régulières loin des écrans
s’accorder des moments dans le calme, sans bruit de fond constant
On peut avoir l’impression de passer pour difficile et trop sensible, mais il faut offrir à son cerveau un peu de répit dans une journée surstimulante. Cela est vrai pour tout le monde, migraine ou pas!
4- Apprendre à dire non
Une partie du travail, c’est aussi d’accepter ses limites, comme partir un peu plus tôt d’un événement si la lumière ou le bruit deviennent trop intense ou dire non à une activité de plus quand la journée est déjà chargée.
En fin de compte, la migraine, c’est un cerveau qui ne réussit pas à baisser le volume sur le monde. Comprendre ses phases, ses déclencheurs et cette fameuse absence de modulation permet non seulement de mieux l’expliquer aux autres, mais aussi de se traiter soi-même avec plus de douceur, au lieu de se reprocher de ne pas être en mesure de fonctionner comme les autres.
Références :
[1] : https://www.migrainequebec.org/fr/causes-et-declencheurs-de-la-migraine
[2] : Rogawski, M. A. (2012). Migraine and Epilepsy—Shared Mechanisms within the Family of Episodic Disorders. In J. L. Noebels (Eds.) et. al., Jasper's Basic Mechanisms of the Epilepsies. (4th ed.). National Center for Biotechnology Information (US).
[3] : https://www.migrainequebec.org/fr/quest-ce-que-la-migraine

