Pourquoi nos conversations tournent-elles en rond ?
Tout le monde a déjà vécu ça : une discussion commence calmement et sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, plus personne ne s’écoute et ne se comprend.
Chaque personne reste sur sa position et on a l’impression de se parler pour rien. Pourtant, le problème n’est pas toujours un manque d’écoute ou de bonne foi. Très souvent, il vient du fait qu’on confond parfois trois concepts, soient les faits, les opinions et les sentiments.
Le fait
Le fait est la pierre angulaire de toute discussion productive. Il s’agit d’une information objective, vérifiable et indépendante de ce que l’on ressent ou de ce que l’on pense. Par exemple, dire « il fait 20 degrés » est un fait. La température peut être mesurée de manière totalement objective avec un thermomètre.
Les faits permettent de créer une genre de base commune. Sans eux, chaque conversation repose sur des interprétations ou des impressions, mais on a parfois tendance à oublier leur existence. On débat souvent sur des sujets comme si tout le monde avait les mêmes connaissances alors que ce n’est souvent pas le cas.
L’opinion
L’opinion est différente du fait, mais elle lui est directement liée. Contrairement au fait qui peut être vérifié de manière objective, l’opinion reflète plutôt une lecture personnelle de la réalité qui est influencée par nos expériences, nos valeurs et nos préférences. Dire « je trouve qu’il fait froid » relève de l’opinion. La température est la même pour tout le monde, mais on peut selon notre âge, notre origine ou même selon nos vêtements du moment, trouver qu’il fait froid.
Le danger survient quand on présente une opinion comme si c’était un fait. À ce moment, le dialogue peut se transformer beaucoup plus facilement en conflit. Chaque personne croit défendre la vérité alors qu’en réalité, il ne s’agit que de points de vue différents. Comprendre que les opinions ne sont pas des faits, mais des jugements subjectifs d’un fait, est un un bon premier pas pour éviter que nos conversations tournent en rond.
Le sentiment
Plus personnel encore que l’opinion, le sentiment décrit ce que l’on vit intérieurement, comme par exemple une émotion ou une sensation physique. Dire « j’ai froid » n’est ni un fait ni une opinion. C’est un ressenti. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de ressentir les choses et il est impossible de contredire un sentiment par des chiffres ou des arguments rationnels. Même si on dit à la personne qu’il fait chaud, elle continuera d’avoir froid. Alors quand on tente de rationaliser ou de minimiser le ressenti de l’autre, c’est comme si on niait son expérience et on ferme évidemment la porte au dialogue. Les sentiments doivent être accueillis et non débattus.
Un exemple d’actualité
Prenons un sujet qui concerne tout le monde : la crise climatique. On peut l’aborder de trois manières différentes selon ce que l’on veut exprimer. On peut commencer par un fait, objectif et vérifiable : « La température moyenne de la planète a augmenté d’environ X °C depuis les X dernières années. »
Ensuite, on peut partager une opinion ou un point de vue personnel sur la situation : « Je pense que les gouvernements n’en font pas assez pour protéger la vie sur Terre. »
Finalement, on peut aussi exprimer un sentiment et ce que l’on ressent face à cette réalité : « Je me sens inquiète pour l’avenir des enfants. »
Cet exemple montre que même lorsqu’on parle du même sujet, les faits, les opinions et les sentiments ne sont pas la même chose.
Le problème
Lorsqu’on mélange les faits avec les opinions et les sentiments dans une conversation, il est facile de se retrouver dans un dialogue sans fin ou même conflictuel. On contredit un sentiment avec des arguments rationnels, on attaque une opinion comme si elle était un fait ou on refuse un fait parce qu’il dérange nos sentiments.
Cette confusion est si fréquente qu’elle explique selon moi pourquoi tant de conversations, même avec de bonnes intentions, finissent par tourner en rond.
La solution?
Faire la distinction entre les faits, les opinions et les sentiments ne résout évidemment pas tous les conflits, mais cela peut tout de même aider à clarifier certains échanges. Dire clairement : « voici les faits », « voici ce que j’en pense », « voici ce que je ressens » permet de mieux s’exprimer et permet aussi à l’autre de mieux nous comprendre. De cette manière, on reconnaît ce que l’autre vit, ce qu’elle ou il pense et on sépare ce qui est objectif de ce qui est subjectif. Cela permet de discuter plus calmement et sans tomber dans l’attaque.
Dans la vie de tous les jours, cela demande de prendre un moment pour identifier ce que l’on veut exprimer. Par exemple, plutôt que de dire « non il ne fait pas si froid », on pourrait dire : « je comprends que tu aies froid, moi je ressens la température différemment ». On reconnaît ainsi le sentiment de l’autre sans renoncer à son opinion ou à sa perception.
Dans des discussions plus larges, comme celles sur l’actualité ou le travail, le même principe s’applique. On peut séparer ce qui relève de la donnée objective (le fait), de l’interprétation (l’opinion) et du vécu (le sentiment).
Au final, distinguer les faits, les opinions et les sentiments permet d’améliorer nos conversations. Cela ne garantit pas que tout le monde sera d’accord, mais cela permet au moins d’avoir des conversations saines et d’éviter de tourner en rond.
Alors, la prochaine fois que tu sentiras qu’une discussion part en vrille, pose-toi la question : « est-ce que je parle d’un fait, d’une opinion ou d’un sentiment? » Cette petite clarification est parfois tout ce dont on a besoin pour mieux se comprendre.
À bientôt!
Sarah

